Fedrigoni

Des chiffres et des vies

Les calendriers, rappels du temps qui passe.

Introduction par Elizabeth Glickfeld
Études de cas par Sarah Snaith

Pris par le rythme du quotidien, il est facile d’oublier que nous vivons au rythme des planètes, de la lune et des étoiles. Nous pouvons remercier nos calendriers de nous le rappeler. Lorsque nous notons un rendez-vous, que nous nous rappelons d’un anniversaire ou que nous vérifions la date du jour, nous ne prêtons guère d’attention aux mouvements galactiques.

Personne ne sait exactement quand ce tableau à sept colonnes et six lignes, que nous appelons communément un calendrier, a vu le jour. Avant l’invention de l’imprimerie, d’autres visualisations, notamment les diagrammes circulaires articulant années, mois et semaines, et la nature cyclique du temps, étaient réputées parmi les scribes.

Cependant, la composition typographique métallique engendrait des representations rectilignes. La capacité de reproduction en masse de l’imprimerie a également rendupossible l’édition de calendriers dont on pouvait se débarrasser chaque nouvelle année.Ceux-ci ont détrôné desdispositifs perpétuels tels que les almanachs, ces algorithms complexes permettant de deviner quel jour de la semaine correspond à la date d’un certain mois. Le calendrier est au temps ce que la calculatrice numérique était à l’arithmétique : il constitue l’une des interfaces les plus durables et efficaces jamais conçues. Son aspect purement pratiqueen a fait le guide parfait pour ces autres chercheurs de fonctions universelles, les partisans du Style international. En 1966, le graphiste italien Massimo Vignelli, déjà adepte de la prise de décision rationnelle offerte par la grille, a superposé à cet échafaudage des chiffres serrés en Helvetica pour le calendrier Stendig, du nom de l’imprimeur de Nashville (Tennessee) qui l’avait commandé, et il le produit encore aujourd’hui. Avec les chaises Eames et les canapés Le Corbusier, le calendrier de Vignelli porte toutes les connotations d’un Classique moderniste du XXe siècle. Dans la même décennie où Vignelli a distillé l’essence du calendrier, l’entreprise Pirelli, spécialiste du pneu, a exploité le potentiel promotionnel du calendrier et sa capacité à proposer douze variations d’un même thème. “Le Cal”, tel qu’il a depuis lors été baptisé, fait briller la formule du “calendrier féminin” grâce aux top models, aux directeurs artistiques (Derek Forsyth, Derek Birdsall, Martyn Walsh) et aux photographes (Robert Freeman, Peter Knapp, Sarah Moon, Paolo Roversi) qui en ont fait une icône Culturelle (et sexuelle) tendancieuse. Le calendrier est iconique, mais également métonymique. Dans le film de 1930, L’Ange bleu, l’amant de la chanteuse de cabaret Lola Lola (interprétée par Marlene Dietrich) arrache une page du calendrier journalier accroché au mur de sa loge.

Ce geste s’enchaine d’un déluge de pages déchirées numérotées consécutivement. Les pages volantes du calendrier sont devenues un code hollywoodien, une séquence de référence pour indiquer rapidement le passage du temps. Le calendrier journalier du mur de L’Ange bleu s’est même retrouvé sur nos ordinateurs portables. Cette simulation papier est l’une des rares métaphores analogiques qui subsistent dans le système d’exploitation Apple. Le chiffre noir seul sur un carré blanc encapsulé dans un bandeau rouge incarne le temps à venir et renforce peut-être notre besoin de croire que notre destin réside sur les pages d’un agenda plutôt que dans le scintillement des étoiles.

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