Fedrigoni

Message vital

Des designers du monde entier ont créé des affiches pour soutenir les soignants pendant la pandémie.

Par Sarah Snaith

Le projet d’affiches “19 artists vs Covid-19” a été organisé par le graphiste espagnol Álvaro López et réalisé en partenariat avec Fedrigoni UK et les imprimeurs Push, basés à Londres, dans le quartierde Bermondsey. Alors que le monde se mettait en quarantaine, López a eu envie de passer à l’action. Il a contacté des designers implantés sur les cinq continents pour leur demander d’imaginer une campagne d’affiches dont les fonds seraient reverses à la NHS Charities Together, un ensemble de 230 associations d’aides aux soignants et aux bénévoles répartis dans tout le Royaume-Uni.Parmi les  dix-neuf designers sollicités, on trouve Shweta Malhotra (Inde), Alejandro Paul (Argentine), Matt Willey (basé aux États-Unis), Vince Frost (Australie) ainsi qu’un certain nombre d’artistes européens comme Sarah Boris, Götz Gramlich et Nina Jua Klein, qui ont chacun interprété à leur façon la phrase “Restez chez vous”.

Sarah Boris, dont l’affiche magnifiquement imprimée allie l’or à deux couleurs fluo, explique : “La structure de la typographie renvoie à la fois à l’architecture des maisons à colombages et aux lattes de bois verticalesdes cabanes de plage peintes de toutes les couleurs.” Matt Willey a puisé son inspiration dans son environnement newyorkais. “J’aimais bien le fait que  cette grosse flèche, qui ressemble un peu au signe ‘Vous êtes ici’, puisse devenir le double pictogramme d’une maison, d’un foyer, raconte-t-il. Je voulais que l’affiche soit comme un objet physique, un panneau peint à la main, quelque chose qu’on pourrait clouer à une barrière ou tenir au-dessus de sa tête.” Alors que le Coronavirus devenait une préoccupation internationale, López a tenu “à ce que l’initiative soit portée par un groupe multiculturel d’artistes qui comprenne comment transmettre le message ‘Restez chez vous’ à un public global. J’ai trouvé passionnant de voir comment des artistes de onze nationalités différentes interprétaient ce message de façons si variées.” Les affiches ont été mises en vente pour la modique somme de 19 livres et la plupart étaient épuisées en quelques jours. Shweta Malhotra dit : “J’ai essayé de créer une forme de vaccin qui ressemble à une maison ou à un immeuble pour exprimer le fait que le seul moyen d’être protégé et en sécurité actuellement est de rester chez soi.” L’affiche d’Alejandro Paul rappelle également qu’en période d’épidémie de Covid, garder ses distances est un acte de solidarité et d’attention aux autres.

“La pandémie nous a surpris à des endroits différents, parfois loin de nos proches, mais nous nous sommes séparés pour mieux nous retrouver, You & Me (Toi et moi).” “19 Artists vs Covid-19” a occupé une place concrète dans le monde lorsque les affiches ont recouvert les murs de plusieurs pays et le projet a aussi eu un grand retentissement dans la sphère numérique à travers de nombreuses publications sur les réseaux sociaux. “Les messages positifs exprimés par des objets graphiques ont eu un impact énorme en aidant les gens à traverser cette période avec optimisme”, conclut López. Communiquer des messages vitaux a été une des missions urgentes auxquelles le mondedu graphisme a été confronté en 2020. Répandre l’espoir n’est pas moins crucial.

Papier et planète

La nouvelle série de Pulp sur le développement durable

Entretien avec Chiara Medioli de Fedrigoni sur les défis liés aux questions environnementales lors de la recommandation, la spécification et l’utilisation du papier.

Par John L. Walters
Illustrations de Rob Lowe alias Supermundane

Ingrédients et recette

“La crise provoquée par la pandémie va renforcer l’engagement des gens envers la durabilité”,  déclare Chiara Medioli, de Fedrigoni. Les entreprises attirent beaucoup d’attention quant à leurs choix d’emballages et de matériaux durables, qu’il s’agisse de grands fabricants comme Fedrigoni, de marques célèbres qui utilisent du papier et du carton pour leur communication et leur emballage, ou de plus petites entreprises comme les studios de design, qui jouent un rôle crucial dans la spécification des matériaux et le conseil sur leur utilisation et leur consommation. Pour chaque projet, la sélection du bon papier doit donc être mûrement réfléchie. Parfois, le papier non recyclé en fibres vierges constitue la meilleure option, pour un livre ou un catalogue d’art qui sera conservé précieusement pendant des années ; d’autres fois, le carton recyclé représente une solution plus adaptée, pour un emballage qui sera jeté peu de temps après son utilisation. Medioli emploie l’analogie du bon cuisinier qui prend à coeur la sélection d’ingrédients de qualité, mais qui se préoccupe également des invités qui consommeront ses préparations. “Parfois, les gens pensent faire tout ce qu’ils peuvent pour se procurer les bons ingrédients, mais s’ils cuisinent quelque chose d’indigeste (c’est-à-dire non recyclable), cela devient le problème de quelqu’un d’autre.”

Pour comprendre le papier, il faut comprendre sa composition et le rôle de ses matières premières dans le contexte écologique mondial. “Nous utilisons de l’eau, des minéraux et de la pâte pour fabriquer du papier”, explique Medioli. “L’eau utilisée retourne dans son cycle. Les minéraux (pour le papier couché) sont principalement du carbonate de calcium, essentiellement de la pierre moulue, et la planète regorge de pierres. La troisième matière première est la pâte à papier, qui provient de la merveilleuse machine incarnée par l’arbre, une ressource renouvelable.”

Fibres et forêts

Medioli explique que les humains dépendent des forêts depuis des milliers d’années, utilisant leur bois pour les chantiers navals, la construction et l’énergie. Aujourd’hui, la production de papier et de carton représente douze pour cent de la production mondiale de bois. Il est dans l’intérêt de ceux qui gèrent les forêts du monde que les arbres soient en bonne santé et poussent rapidement : c’est lors de sa phase de croissance que l’arbre absorbele plus de CO2 de l’atmosphère (les dix à quinze premières années). La fabrication du papier est essentiellement une réaction électrochimique entre les fibres qui permet au papier de se solidifier. Les arbres ne sont utilisés pour la fabrication de la pâte à papier que depuis assez récemment. À l’origine, les fibres provenaient de chiffons de coton, de chanvre et de lin, jadis issus de vêtements mis au rebut, puis plus tard, des minuscules filaments entourant la partie jetable des fleurs de coton, une fois les meilleures et plus longues fibres pelucheuses exploitées par l’industrie textile. Véritables exemples “d’économie circulaire”, ces fibres recyclées sont suffisamment longues pour être trempées dans l’eau et battues ; elles s’entrelacent ensuite, naturellement, selon un schéma aléatoire. Mais elles coûtent cher. Le procédé de fabrication à base de pâte de bois a été découvert à la fin du XVIIIe siècle. Moins coûteux, le bois pouvait répondre à la demande immense de papier nécessaire pour les livres et les journaux après la révolution industrielle, lors de la généralisation de la scolarisation en Occident.

Performance, vertu et esthétique: choisissez-en deux

La demande de papier provenant de forêts certifiées bien gérées est venue en premier lieu des maisons d’édition, qui avaient subi la pression de lobbys tels que Greenpeace et WWF, ainsi que de leurs propres clients. Puis le secteur de l’emballage leur a emboîté le pas. Cependant, un enthousiasme déraisonnable pour les matériaux recyclés peut poser des problèmes en termes de qualité et d’utilité qui ne sont pas toujours anticipés, surtout lorsque performance et esthétique constituent des enjeux. Les laboratoires techniques de Fedrigoni ont effectué de nombreux tests sur le pliage et le froissement, démontrant sans conteste que le papier fabriqué avec de fibres neuves provenant de forêts bien gérées est trois fois plus résistant au pliage répété.

“Le problème avec les fibres recyclées, c’est qu’il faut les ramener à un point central”, explique Medioli. “Vous pouvez choisir de les désencrer, mais quoi que vous fassiez, vous devez les remettre dans le triturateur : vous les écrasez à nouveau et, ce faisant, les fibres deviennent plus courtes. Vous ne pouvez le faire que sept fois, après quoi les fibres deviennent si courtes qu’elles ne peuvent plus se mélanger. Comme le papier recyclé ne porte pas d’autocollant indiquant qu’il a déjà été recyclé trois fois et qu’il ne reste que deux utilisations, le papier recyclé doit former un mélange de fibres nouvelles et anciennes. Plus la teneur en papiers recyclés est élevée, moins le papier est performant”.

Medioli tient à faire comprendre aux utilisateurs que le papier recyclé (qui utilise des déchets post-consommation) reste idéalement gris ou brun, une solution parfaite pour les boîtes d’expédition ou pour le carton des boîtes à chaussures, marché bien plus important que le secteur des papiers de spécialité. “Si vous procédez à un blanchiment agressif pour rendre le papier blanc, vous obtenez des performances inférieures et un impact environnemental plus important car le papier a davantage voyagé et plus de déchets sont rejetés dans les eaux à cause du chlore.” Utiliser les “déchets pré-consommation” permet d’éviter ce casse-tête. “Ce papier, fabriqué à partir de fibres recyclées, de chutes de papier n’ayant encore jamais été imprimé ou de restes d’enveloppes découpées à l’emporte-pièce, n’implique qu’une seule étape en aval du processus de fabrication”, explique Medioli. Les créateurs et les marques doivent bien réfléchir à leurs priorités lors du choix des matériaux. Medioli déclare : “Dans le monde des contes de fées, vous obtiendriez des résultats fabuleux sur du papier 100 % recyclé, avec un bel aspect et des couleurs homogènes. Mais ça n’existe pas !”

Paper Box

“Il nous a fallu passer en production pour voir si ça marchait. La conception sur écran a ses limites.” L’agence londonienne Graphic Thought Facility a conçu et réalisé la Paper Box minimaliste-maximaliste pour Fedrigoni.

Par John L. Walters

On attribue à Albert Einstein l’aphorisme “faire tout aussi simplement que possible, mais pas plus simplement”. C’est ce que nous inspire la nouvelle Paper Box de Fedrigoni, un coffret de trois nuanciers d’échantillons de papiers. Conçue par le cabinet londonien Graphic Thought Facility (GTF), Paper Box est un recueil d’échantillons de papier Fedrigoni sans précédent – une prouesse de conception, d’impression et de production à la fois sobre, discrete et assez spectaculaire.

Pour certains, il constitue un simple outil que tout créateur, imprimeur et échantillonneur souhaitera avoir sur son étagère. Pour d’autres, il représente un objet d’art exquis : ce lourd obélisque noir pourrait se faire icône de conception minimaliste pour des séances photos sophistiquées. Il est pourtant également maximaliste et “complétiste”. Les trois nuanciers d’échantillons qui se glissent dans l’étui (ou le coffret) noir mat présentent chaque papier blanc non couché, chaque papier couleur non couché et chaque papier couché (couleur ou blanc) de la vaste gamme de papiers fabriqués par Fedrigoni en Italie. Paper Box : la gamme aussi simple que possible, mais pas plus simple ! Pour ceux qui suivent le travail de GTF depuis le début des années 1990, le choix du studio pour ce projet paraissait évident. Dirigées par les directeurs Paul Neale, Andy Stevens et Huw Morgan, les créations de GTF ont toujours affiché un gout prononcé pour les matériaux utilises dans des secteurs tels que les beaux-arts, les musées, le commerce de détail, la signalisation et l’édition artistique. C’était pourtant la première fois qu’une entreprise spécialisée dans le papier passait commande à GTF et, comme à son habitude, le studio s’est attelé à la tâche avec diligence et enthousiasme. Paper Box constitue le premier d’une série de nouveaux produits conçus pour Fedrigoni par GTF, parmi lesquels des nuanciers, des affiches et une bibliothèque d’images inspirantes. Cette commande de Paper Box est née du besoin de Fedrigoni de créer un objet unique, qui puisse être à la portée de toute personne décisionnaire en matière de papier, où qu’elle se trouve dans le monde. Les outils précédents présentaient des gammes de papier distinctes, s’adressant souvent aux clients dans des langues graphiques différentes, ou présentant un contenu destiné à des cultures ou des secteurs spécifiques. L’approche de GTF : éviter toute influence ou tout “coup de pouce” créatif, en favorisant l’utilité et l’aspect pratique. La mission de montrer le rendu des différentes typologies de papier lorsqu’on y imprime du texte et des images a été attribuée à un vaste éventail d’affiches et à la bibliothèque d’images.

Coffret d’échantillons de papiers

Dès le départ, GTF a cherché à faire de Paper Box un album – un objet à conserver soigneusement – plutôt qu’un objet marketing éphémère. Ils ont demandé un échantillon de chaque papier afin de pouvoir commencer à travailler avec les matériaux. “La première maquette a été réalisée à partir d’un vieux livre qui se trouvait sur nos étagères”, explique Paul Neale de GTF. “Nous l’avons remis à un imprimeur local et avons chargé quelqu’un de le découper en trois parties. Nous avons ensuite procédé à des tests de collage et de reliure”. Neale explique que l’outil de conception le plus utile pour la fabrication de Paper Box était le logiciel de tableur Excel, que lui et le concepteur du GTF Alexander Ecob ont utilisé pour répartir l’intégralité des papiers Fedrigoni dans trois albums de 62,5 mm de largeur de dos, qui s’ajusteraient parfaitement dans le coffret. “C’est assez mathématique”, indique Neale.

“Mais pour cela, nous avions Alex, le roi du tableur”. Alors qu’ils consacraient la moitié de leur temps à sélectionner ainsi despapiers, ils vouaient l’autre moitié à la réalisation de maquettes des albums nuanciers. Neale ajoute : “Il nous a fallu passer en production pour voir si ça marchait. La conception sur écran a ses limites.” L’équipe GTF était consciente qu’un coffret d’échantillons de papiers sert à vendre des matières premières et que sa conception devait rester sobre et simple. Elle a sélectionné la police de caractères Forma (police sans empattement de 1968 italienne) pour ses “forms fortes et lourdes”. Le coffret pour Paper Box est constitué de carton noir, avec une doublure extérieure en Imitlin Fiandra Nero 125 g/m2. Neale et Stevens de GTF sont adeptes de longue date des papiers Imitlin. “C’est un matériau dans lequel nous avons toute confiance et facile d’usage”, explique Neale.

“Il n’est pas juste solide, le toucher procure aussi la sensation de solidité.” Les créateurs sont sensibles au fait que ce papier continue de faire partie de la collection Fedrigoni depuis au moins cinq décennies. Pour promouvoir Paper Box, GTF, en collaboration avec Kristian Andrews du Studio AKA, a réalisé une courte animation qui souligne la beauté et l’utilité de l’album. Ce clip vidéo de 25 secondes est rehaussé d’une bande sonore percutante et engageante créée par le compositeur Dave Pape à partir du son des pages de papier que l’on tourne – un coup de génie du marketing numérique pour un produit analogique résolument tactile.

Tout un imaginaire en images

Pour compléter Paper Box, qui met en valeur la matérialité de la vaste gamme de papiers de Fedrigoni, GTF a également été chargé de créer une bibliothèque d’images. Celle-ci a pour but de montrer comment différentes images, textures et dessins peuvent s’imprimer sur divers papiers. “Si j’ai un papier blanc non couché, que doisje illustrer ?”, lance rhétoriquement Neale. En présentant une gamme d’images cohérente, la bibliothèque d’images montre aux prescripteurs de papier la façon dont les images ressortent sur une myriade de papiers, en utilisant différents procédés d’impression tels que la lithographie, l’impression UV et l’impression numérique Indigo.

Neale explique : “Nous utilisons le concept de l’échelle et l’associons aux bandes de contrôle des couleurs des imprimantes pour créer une famille d’échelles que nous pouvons utiliser pour la photographie et étendre cela à l’illustration et à d’autres représentations graphiques.” GTF a délaissé la conception assistée par ordinateur au profit de la création d’une échelle grandeur nature dotée de bandes de couleur, qui pourraient servir de carte de contrôle tout en calibrant la reproduction, et l’a placée dans un ensemble tridimensionnel avec des murs et une fenêtre. Ils ont également réalisé une maquette du décor, ce qui a permis de créer de nombreuses variantes – des paysagesvus par la fenêtre, des objets géométriques, des mains, des cartes à jouer, un chat et des taches de peinture en 3D volant dans l’espace, ainsi que de nombreuses variations sur des échelles de différentes couleurs et tailles. Le résultat : une série d’images captivantes, inspirées par la forme et le contour d’une échelle. Symbole de la ville de Vérone remontant au treizième siècle, le symbole de l’échelle est intégré dans l’écusson Fedrigoni et figure sur chaque produit de l’entreprise. Ces images évoquent à la fois surréalisme et style italien, une fusion onirique entre Giorgio de Chirico et le groupe Memphis rehaussée d’une référenceà la Renaissance. Les images tests permettent de révéler la façon don’t les images changent lorsqu’elles sont imprimées sur des papiers colorés ou non couchés, ainsi que les effets de la surimpression, en utilisant la photographie, l’illustration, le travail au trait, la texture et le motif. L’équipe GTF n’a pas voulu imposer ses goûts aux clients du secteur du papier, qui peuvent être issus de cultures et de traditions stylistiques différentes.

Une collection d’affiches Sirio sérigraphiées permet aux clients de découvrir un assemblage d’images, d’encres et de papiers colorés dans diverses combinaisons, tandis que les nuanciers Sirio révèlent le rendu des papiers imprimés en lithographique.

Le brief de Fedrigoni a confirmé l’enthousiasme de GTF pour ses papiers dont la promotion est assurée par la Paper Box. GTF apprécie beaucoup sa collaborationavec Fedrigoni pour la nature verticale de son activité, englobant à la fois la fabrication et la vente du papier. Neale déclare: “Nous avons rencontré des problèmes avec des vendeurs de papier qui ont soudainement changé d’usine ou qui ont changé la recette du papier sans nous prévenir. Fedrigoni fabrique du papier en interne, dans ses usines, depuis plusieurs décennies. Cette continuité est la raison pour laquelle nous, les utilisateurs, revenons toujours vers eux.”

Des chiffres et des vies

Les calendriers, rappels du temps qui passe.

Introduction par Elizabeth Glickfeld
Études de cas par Sarah Snaith

Pris par le rythme du quotidien, il est facile d’oublier que nous vivons au rythme des planètes, de la lune et des étoiles. Nous pouvons remercier nos calendriers de nous le rappeler. Lorsque nous notons un rendez-vous, que nous nous rappelons d’un anniversaire ou que nous vérifions la date du jour, nous ne prêtons guère d’attention aux mouvements galactiques.

Personne ne sait exactement quand ce tableau à sept colonnes et six lignes, que nous appelons communément un calendrier, a vu le jour. Avant l’invention de l’imprimerie, d’autres visualisations, notamment les diagrammes circulaires articulant années, mois et semaines, et la nature cyclique du temps, étaient réputées parmi les scribes.

Cependant, la composition typographique métallique engendrait des representations rectilignes. La capacité de reproduction en masse de l’imprimerie a également rendupossible l’édition de calendriers dont on pouvait se débarrasser chaque nouvelle année.Ceux-ci ont détrôné desdispositifs perpétuels tels que les almanachs, ces algorithms complexes permettant de deviner quel jour de la semaine correspond à la date d’un certain mois. Le calendrier est au temps ce que la calculatrice numérique était à l’arithmétique : il constitue l’une des interfaces les plus durables et efficaces jamais conçues. Son aspect purement pratiqueen a fait le guide parfait pour ces autres chercheurs de fonctions universelles, les partisans du Style international. En 1966, le graphiste italien Massimo Vignelli, déjà adepte de la prise de décision rationnelle offerte par la grille, a superposé à cet échafaudage des chiffres serrés en Helvetica pour le calendrier Stendig, du nom de l’imprimeur de Nashville (Tennessee) qui l’avait commandé, et il le produit encore aujourd’hui. Avec les chaises Eames et les canapés Le Corbusier, le calendrier de Vignelli porte toutes les connotations d’un Classique moderniste du XXe siècle. Dans la même décennie où Vignelli a distillé l’essence du calendrier, l’entreprise Pirelli, spécialiste du pneu, a exploité le potentiel promotionnel du calendrier et sa capacité à proposer douze variations d’un même thème. “Le Cal”, tel qu’il a depuis lors été baptisé, fait briller la formule du “calendrier féminin” grâce aux top models, aux directeurs artistiques (Derek Forsyth, Derek Birdsall, Martyn Walsh) et aux photographes (Robert Freeman, Peter Knapp, Sarah Moon, Paolo Roversi) qui en ont fait une icône Culturelle (et sexuelle) tendancieuse. Le calendrier est iconique, mais également métonymique. Dans le film de 1930, L’Ange bleu, l’amant de la chanteuse de cabaret Lola Lola (interprétée par Marlene Dietrich) arrache une page du calendrier journalier accroché au mur de sa loge.

Ce geste s’enchaine d’un déluge de pages déchirées numérotées consécutivement. Les pages volantes du calendrier sont devenues un code hollywoodien, une séquence de référence pour indiquer rapidement le passage du temps. Le calendrier journalier du mur de L’Ange bleu s’est même retrouvé sur nos ordinateurs portables. Cette simulation papier est l’une des rares métaphores analogiques qui subsistent dans le système d’exploitation Apple. Le chiffre noir seul sur un carré blanc encapsulé dans un bandeau rouge incarne le temps à venir et renforce peut-être notre besoin de croire que notre destin réside sur les pages d’un agenda plutôt que dans le scintillement des étoiles.

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