Fedrigoni

Au delà des apparences

L’adhésif, le papier, les conditions atmosphériques, l’humidité, l’usage final, et les procédés de fabrication et d’impression – tous ces facteurs doivent être pris en compte pour choisir une étiquette.

Par Henry Miles

Arconvert, qui fait partie du groupe Fedrigoni, est leader mondial dans la production de papiers et films autoadhésifs pour l’industrie de l’étiquette, et sa marque Manter fournit des marchés exigeants comme ceux des secteurs de l’industrie alimentaire, de la cosmétique ou du luxe. Arconvert offre un large choix de papiers gaufrés non couchés, marqués feutre, vergés, Soft Touch, nacrés ou métallisés, en sus d’une gamme impressionnante de papiers teintés dans la masse. Les magnifiques papiers Manter conviennent à la plupart des techniques d’impression.

Selon Susana Fajardo de Gérone, responsable du développement commercial de Arconvert au Royaume-Uni, “l’un des grands changements dans le marché européen de l’étiquette ces dernières années a été le passage des étiquettes gommées aux étiquettes autoadhésives qui s’appliquent facilement sur les produits. Ces matériaux autoadhésifs sont des supports synthétiques ou en papier qui sont déjà autocollants avant d’être imprimés et transformés en étiquettes”.

Le matériau autoadhésif comporte quatre ou cinq couches : le papier ou film dorsal qui porte le matériau adhésif ; le revêtement de silicone antiadhésif qui empêche l’adhésif d’adhérer trop fortement au dorsal ; l’adhésif, qui diffère selon l’application finale de l’étiquette ; le frontal (papier, film, liège, etc.) et, enfin, le revêtement de finition optionnel qui offre des possibilités d’impression plus nombreuses selon le frontal. Quelquefois un revêtement barrière imperméable est appliqué derrière le frontal.


Arconvert propose des dorsaux synthétiques ou en papier, ainsi que des adhésifs à dispersion acrylique ou thermofusibles. On utilise les dorsaux synthétiques quand il faut une bonne résistance pour un étiquetage à grande vitesse, par exemple pour l’embouteillage de bière, ou pour des procédés d’impression exigeants. De nos jours, les adhésifs acryliques à base d’eau sont privilégiés car offrant une bonne aptitude au passage en machine, surtout au moment de la découpe. Ils ont également de bonnes performances quand l’étiquette est exposée à un environnement humide, par exemple quand il se forme de la condensation sur une bouteille en verre, car les molécules de l’adhésif s’agglomèrent aux molécules d’eau sur la bouteille, améliorant l’adhésion. On utilise les adhésifs thermofusibles quand un adhésif permanent puissant avec une vitesse d’adhésion très rapide est requis.

Le R&D Lab au Arconvert a sorti récemment sa technologie X-DryTM, qui est, selon Fajardo, “une solution imperméable révolutionnaire pour des étiquettes, qui résiste à l’environnement froid et humide des frigidaires ou des seaux à glaçons”. Grâce à la combinaison avec le SH9020TM, le nouvel adhésif acrylique permanent d’Arconvert qui empêche les bulles, les plis et le décollement des bords, les étiquettes de vin X-Dry restent intactes, même plongées pendant plus de quatre heures dans de l’eau ou de la glace.

Mike Fairley, “gourou étiquettes” et co-fondateur du magazine Labels and Labeling, remarque l’importance croissante que jouent les étiquettes pour garantir l’authenticité des vins et spiritueux.
Il suggère:

“s’il faut incorporer un élément anti-contrefaçon, il vaut mieux le faire dès le début.”

Il Pour ce qui est des développements en cours, si l’on en croit Fairley, “les dernières générations de presses hybrides conventionnelles et numériques, avec des capacités d’embellissement sophistiquées, ouvrent de toutes nouvelles possibilités”. La gamme Manter IDP est certifiée pour l’impression numérique avec la technologie Indigo, grâce à un traitement spécial de revêtement mis au point en collaboration avec Hewlett-Packard – ces produits font partie d’une gamme plus vaste de produits adaptés à l’impression numérique et à jet d’encre.

Arconvert fournit aux imprimeurs et aux designers une assistance technique avant et après-vente, pour s’assurer que le matériau est adapté à l’usage final ou si des encres ou des effets d’impression particuliers sont utilisés. Avec 90% de sa gamme en provenance des usines Fedrigoni, Arconvert offre à      ses clients une stabilité en terme de qualité et de logistique. En effet, les mêmes matériaux peuvent être utilisés pour des étiquettes gommées ou autoadhésives et des emballages provenant tous des mêmes stocks et mêmes lots de teinture pour créer un produit parfaitement coordonné. Fajardo remarque que les designers et les clients choisissent de plus en plus des options respectueuses de l’environnement. Manter propose la gamme la plus large de papiers autoadhésifs certifiés FSC® de l’industrie, ainsi que des papiers fabriqués avec des fibres durables.est possible d’utiliser une technologie de support, encres et impression pour former des couches d’éléments de sécurité difficiles à reproduire”.

Ne jamais se conformer

Au vu de la concurrence féroce entre les produits, comment le studio de design Stranger & Stranger fait-il pour qu’une étiquette de 10 cm sur une bouteille de vin ou d’alcool se démarque?

Par Sarah Snaith

Le studio de design Stranger & Stranger – qui a des bureaux à Londres, New York et San Francisco – est pionnier en matière d’emballages et d’étiquettes pour des marques d’alcools dans le monde entier.

Parmi ses clients, on trouve de grands producteurs comme le vermouth Martini, la tequila Jose Cuervo, le Jack Daniel’s Tennessee Rye ou le rhum Kraken Black Spiced Rum, ainsi que des marques moins connues comme la vodka Icelandic Reyka, le whisky Spicebox Canadian Spiced Whisky ou les vins Paperboy.

La devise du studio

‘Don’t fit in. Stand out.’

“Ne vous conformez pas. Démarquez-vous.”

s’affiche de façon évidente avec des solutions graphiques telles que le gaufrage, le film à dorer ou la découpe.

Le travail effectué pour des clients comme le producteur de whisky écossais Dewar prouve que se démarquer peut prendre des formes différentes selon la clientèle. Les recherches pour moderniser l’image globale de Dewar se sont basées sur ses archives en Écosse, et les nouvelles boites de présentation, les étiquettes, la forme des bouteilles et une police de caractère personnalisée font toutes référence à l’héritage de la l’établissement. Stranger & Stranger est parfaitement conscient du consommateur cible du produit et de la longévité potentielle dans un foyer d’une bouteille comme la Dewar’s 30-year-old Ne Plus Ultra – étiquette imprimée sur Manter Savile Row Tweed Dark Grey.

Selon Kevin Shaw, fondateur de Stranger & Stranger, et Ivan Bell, directeur général du groupe, “pour faire un bon emballage pour un alcool, il faut connaître à fond son consommateur, il faut savoir à quoi ressemble son monde, et ce qui l’agite, il faut savoir quand il consomme, comment il consomme, ce qu’il achète en ce moment-même. Et ensuite, il faut trouver la formule magique, celle qui va trancher sur toutes les autres bouteilles sur l’étagère… et rendra la concurrence inférieure”.

L’expérience tactile est également de la plus haute importance. De ravissantes volutes et torsades dominent sur la délicate bouteille en verre du cognac Sélection des Anges de la Maison Ferrand, et des chérubins en rehaussent encore le charme. L’esthétique du design primé de la Compass Box No Name est plus terrestre, avec ses volutes de fumée en relief sortant d’un temple, visibles sur les élégantes étiquette et boîte de presentation noire, évoquant l’alchimie et le mélange magique des ingrédients. Si l’on en croit Shaw et Bell, “le toucher est une évidence dans notre long partenariat avec Compass Box. Sous leur signature, nous avons construit un riche arc narratif pour la marque au cours de la dernière décennie. L’élément essentiel de ce coffret, c’est le choix du papier qui permet un gaufrage dense en creux et bosses avec une application parfaite d’encre et de film à dorer. La sélection et les caractéristiques du papier sont de la première importance dans tous les projets d’étiquette que nous réalisons pour nos clients, pour appuyer le storytelling de notre marque”.


Stranger & Stranger est attentif à trouver des solutions qui expriment les caractéristiques uniques d’une marque et de sa gamme de produits. Pour les whiskys Redwood Empire par exemple, cela signifiait représenter le philosophe et naturaliste John Muir (grand défenseur des sequoias californiens) sous différentes formes – dans des illustrations monochromes imprimées à la planche.

En revanche, pour l’apéritif Italicus Rosolio di Bergamotto, la mission est accomplie par le design de la bouteille, un rappel des innovations en matière de verrerie du milieu des années 1920 qui ont mené à     l’invention de la production automatisée des bouteilles. Ces bouteilles ont souvent droit à une deuxième vie: “Nous avons à pas mal de succès éclatants, racontent Shaw et Bell, mais nous considérons que nous avons réussi lorsque les gens se mettent à faire des lampes à partir des bouteilles ou se font faire des tatouages à leur image. Pas mal de gens se sont fait tatouer le Kraken, et il y a eu aussi toute une gamme d’articles produits – y compris un rideau de douche et une lampe”.

Outre les commandes, le studio réalise aussi chaque année pour Noël des produits en édition limitée, comme cadeaux de clientèle. Il est intéressant de noter que ces projets autonomes, comme Absinthe no. 12, Spirit no. 13 et les bitters Bitter & Twisted, ne diffèrent guère en approche et en ambition, attestant du respect qu’ils ont gagné de leurs clients en vingt-cinq années de service dans “un des marchés les plus rudes qui soient”. Selon Shaw et Bell, les consommateurs ont rarement l’occasion de “goûter en douce” l’alcool avant d’acheter, et les bouteilles peuvent se retrouver en compétition avec un bon millier d’autres. Tous les vinificateurs “promettent le même accompagnement riche et fruité pour votre tourte à la viande”, et les consommateurs “émettent un jugement de valeur sur le contenu qui est uniquement basé sur un bout de papier de 10 cm. Imaginez si tous les livres et les magazines en librairie avaient le même synopsis sur la quatrième de couverture et que vous n’aviez pas le droit de regarder à l’intérieur”.

Les hommes et le papier

“Un vin est nécessairement ancré dans une terre et un terroir. Nous nous efforçons de dépouiller le graphisme de l’étiquette. Il s’agit du vin avant tout.”
Pour Fernando Gutiérrez, le design est une affaire de relations humaines et de dialogue : c’est l’art de laisser les choses s’exprimer par elles-mêmes.

Par John L. Walters. Portrait par Robert Billington

Fernando Gutiérrez est un graphiste éminent parmi ses pairs. Son travail exigeant, réalisé pour des magazines, musées, marques de luxe et étiquettes de vins s’est révélé comme une source d’influence subtile.

Né à Londres de parents espagnols, Gutiérrez étudie puis commence sa carrière en Grande-Bretagne mais sa notoriété ne naît qu’après son installation à Barcelone au début des années 1990. Avec son confrère graphiste Pablo Martín il fonde Grafica, une revue de graphisme, et signe la mise en page de Tentaciones, le supplément magazine du weekend d’El País.

En 1995, il cofonde Matador, une revue annuelle indépendante et atypique, qui a remporté des prix et conquis des admirateurs dans le monde entier et a inspiré de nombreux autres projets prestigieux. En 2000, Gutiérrez s’associe au bureau londonien de Pentagram puis le quitte en 2006 pour monter son propre studio dans le nord de Londres. Parmi ses principaux clients figurent le musée du Prado de Madrid et le Musée du design de Londres ; de nombreux autres projets, grands ou petits, témoignent de son talent unique pour mixer l’enthousiasme et le souci du détail. Parmi ses travaux récents, citons le logo de Fedrigoni Top Award, des catalogues d’art et de photographie de galeries privées et publiques du monde entier, des éléments graphiques d’expositions, une bouteille de parfum pour Givenchy, un projet pour le légendaire restaurant El Bulli, un catalogue et des illustrations graphiques pour le Museo de Bellas Artes de Bilbao, le Centro Botín de Santander ou encore le Club Matador, club privé madrilène qui perpétue l’esprit du magazine Matador.

L’été dernier, par une journée pluvieuse du nord de Londres, Gutiérrez a accepté de nous livrer son intérêt pour le graphisme des étiquettes de vins, une passion de longue date qui, à ses yeux, constitue une forme originale de conception éditoriale. Parmi ses clients de l’industrie de la boisson se trouvent The Botanist gin, les caves Poças, Alta Alella, Valdesil, le domaine MonteRosola, le domaine La Casenove, ainsi que son ami et client de longue date, le vigneron espagnol Telmo Rodríguez.

John L. Walters: Votre première étiquette de vin pour Telmo Rodríguez était très originale, très typographique…
Fernando Gutiérrez: Oui, parce que je n’y connaissais rien au monde du vin. Je voulais juste faire quelque chose de fort qui marquerait les esprits.

J’imagine que vous saviez que c’était un vin de qualité?
Je ne savais même pas s’il était de bonne qualité ! Je faisais confiance à. Il avait une grande passion pour le vin, tout particulièrement pour la viticulture ibérique, et voulait faire quelque chose de différent. Sa famille possédait un joli dans La Rioja. Telmo a pris la décision courageuse de s’éloigner de l’entreprise familiale et de démarrer seul un nouveau projet vinicole. Son idée était de produire des vins dans différents lieux de la péninsule Ibérique, en redécouvrant des cépages oubliés et des traditions agricoles perdues. Il a ainsi acheté un vignoble à Toro et s’est mis à le cultiver. Rien de très glamour.
J’ai simplement exprimé ce à quoi un vin devait ressembler, selon moi. J’ai transféré directement les caractères à sec sur la bouteille et ainsi réalisé la maquette. Je lui ai ensuite envoyé la bouteille par la poste pour qu’il puisse visualiser le résultat ! Aujourd’hui, tout est tellement numérique.
On valide presque tout sur écran. Cette étiquette a renforcé ses motivations dans son projet.

Je suis intrigué par la sobriété de vos étiquettes, souvent une seule lettre, une forme graphique unique…
On essaie d’épurer autant que possible, c’est vraiment le vin qui compte. Le graphisme, ce n’est pas si important. Moi, je viens juste compléter le projet. Ceux qui achètent le vin connaissent Telmo. Le graphisme aide, mais il s’agit surtout d’expliquer le projet, ce qu’il fait et comment il le fait.

Quel genre d’instructions vous donne Telmo?
C’est une conversation où il parle de ses espoirs et de sa vision de chacun des vignobles, et il évoque aussi l’histoire locale. On ne parle jamais de design.

Il a l’air d’avoir des goûts très contemporains…
Vous avez raison. Il a une pensée internationale, mais il cherche à communiquer l’histoire viticole unique de l’Espagne et de la péninsule Ibérique. Le vin, c’est une histoire d’enracinement dans la terre, de terroir. Toute la péninsule Ibérique, y compris le Portugal, a connu une renaissance dans la production de vins. Telmo n’a cessé de racheter des vignobles à l’abandon, à la recherche de régions qui n’étaient pas particulièrement réputées pour la fabrication de vin mais qui avaient un potentiel. Pour beaucoup de ses vins, il a été un pionnier.


Votre travail avec Alan Kitching pour l’étiquette de Matallana a surpris: un graphisme très britannique avec des caractères typographiques en bois.
J’ai travaillé avec Alan pour développer l’image et l’esprit de Matallana. Mais nousfaisons constamment évoluer les étiquettes. Nous voulons faire de Matallana un classique des Ribera. Donc, pour nous, le projet est toujours en cours.
J’aime bien travailler avec des gens qui n’ont rien à voir avec le monde vinicole. Aujourd’hui, je m’y connais un peu plus, mais quand j’ai commencé, je n’y connaissais rien ; je pense que ça apportait un peu de fraîcheur et une nouvelle perspective.

Parlez-moi de vos autres collaborateurs.
Ce que je voulais faire avec Valdesil (Valdeorras), c’était quelque chose d’émotionnel et abstrait. Cette terre, c’est du granite et de l’ardoise, rien d’autre. C’est une région viticole unique proche de l’Atlantique qui remonte à l’époque romaine. Ces terres sont difficiles à cultiver car ce sont des terrains escarpés qui surplombent une rivière. Ils possèdent un cépage appelé Godello qui fait beaucoup parler de lui dans le monde du vin.

Est-ce que les lignes représentent l’ardoise?
Oui, c’est ce type de contours tranchants. Je l’ai dessiné moi-même parce qu’il n’y avait pas de budget, il faut vraiment se débrouiller avec ce qu’on a.

J’ai beaucoup aimé l’écriture au crayon sur les étiquettes de Valdeorras Carballo et Montenovo.
Il y a un caractère dur, pointu et contemporain auquel le crayon apporte un contraste agréable, un côté artisanal. Il s’agit d’une famille d’avocats connue de Madrid. Ces terres sont celles de leurs ancêtres et leur donner une nouvelle vie était un projet qui leur tenait vraiment à.

À quels défis les producteurs de vins font-ils face?
L’aspect commercial. Vous devez vous en remettre aux autres pour vendre à votre place. Vous êtes en concurrence avec de grosses entreprises internationales et des partis pris. C’est vraiment difficile. C’est vraiment, vraiment difficile si vous voulez vous démarquer et être authentique. C’est intense. Il n’y a pas de place pour la naïveté.

Matador et le graphisme éditorial

Matador a marqué un tournant dans votre carrière, n’est-ce pas?
Matador est un projet qui a beaucoup compté pour moi. J’ai pu y mettre toutes mes idées éditoriales. C’est comme un livre, c’est une revue, c’est de l’art, de la culture. Ce projet est né quand je travaillais pour El País. Lorsque j’étais directeur artistique de Tentaciones, Alberto Anaut, le rédacteur en chef adjoint d’El País a quitté le journal, et l’un de ses projets était de créer une nouvelle revue sur les arts. On a pensé que Matador était bien comme nom, espagnol mais aussi international. Il a eu une idée formidable : en faire un journal culturel, mais en prenant son temps, avec un unique numéro par an. Nous avions un grand format. Ce que nous voulions par-dessus tout, c’était une impression de très grande qualité.

Votre première incursion dans le monde du vin a eu lieu chez Matador, lorsque vous avez créé des étiquettes avec les artistes Sean Scully et Sol LeWitt…
Nous avons collaboré avec un producteur de vins espagnol pour sortir une édition limitée réservée aux abonnés. Ils achetaient ce vin qui était produit spécialement pour eux. Pour chaque numéro de Matador, on avait ce qu’on appelait un carnet de croquis sur lequel on travaillait avec un artiste contemporain. On utilisait l’une des images et on donnait au vin le nom de l’artiste du numéro.
On avait demandé à Jaime Rodríguez, le père de Telmo, un vin pour accompagner le premier numéro. Lorsqu’il a présenté le projet à Telmo, il lui a dit : “Je veux le type qui travaille sur Matador pour m’aider à lancer mon nouveau projet de vin. On le fera à condition que ce designer travaille avec moi.”

Une agréable combinaison entre graphisme éditorial!
Tout à fait. Et il s’agit bien de graphisme éditorial. Le vin, c’est de l’éditorial, sans aucun doute. Matador a marqué le début d’un grand projet artistique et culturel en Espagne, basé à Madrid. C’est devenu un festival de photo, et tellement d’autres choses. Matador, ce sont des événements, dont un cours de management des arts pour étudiants, un cours de master. C’est une boutique. C’est aussi un club privé à Madrid. Ils sont également impliqués dans le festival du design de Madrid, PHotoESPAÑA. Matador fut le tremplin, l’origine de tous ces projets culturels. C’est également un éditeur : La Fábrica publie des livres, surtout de photographie.

Avez-vous été tenté d’utiliser davantage la photographie sur vos étiquettes de vins?
Je n’aime pas la photographie sur les étiquettes. Ça n’a jamais vraiment marché pour moi, bien que j’en aie fait une que j’adore, Valderiz. J’adore la photographie, mais sur une étiquette, ça fait bizarre. C’est trop.

Si vous allez chez un caviste aujourd’hui, vous verrez beaucoup de visages sur les étiquettes.
Si vous avez un visage, vous allez vendre. Si on vous regarde en face, vous allez vendre plus, comme dans Vogue. Sur tous les magazines de mode figure un visage, alors pourquoi pas sur du vin ? Mais ce n’est pas mon approche. Ça ne fonctionne pas.

Prado

Parlez-moi du Prado et de la manière dont il est lié aux étiquettes.
Le Prado est l’un des musées les plus incroyables du monde. J’ai toujours travaillé avec la photographie, l’illustration, mais là, il s’agissait de beaux-arts, de travailler avec les plus grands maîtres, et cela m’a ouvert les portes d’un tout autre univers que j’adore. Ce que je voulais faire, c’était travailler la qualité, mais incognito. Ce qu’on a fait était du domaine de l’invisible. On a amélioré tout le musée sans que les gens s’en aperçoivent pour autant.

Étiez-vous parti pour faire quelque chose de nouveau ?
Oui et non. Il y avait six ou huit différents logos. Ils étaient toujours ancrés dans le passé et très académique. La boutique du musée était horrible. Il a fallu dix ans pour remédier à tout cela. Petit à petit, nous avons dû les convaincre que le design avait ses avantages parce qu’ils pensaient que notre travail était superficiel. Et vous, vous dites “Non, ce petit dépliant va être une merveille. Tout le texte va être lisible. Tout va rentrer dans l’ordre.” Donc je me suis vraiment plongé dans l’art classique. C’est magnifique. Travailler avec les images, vous avez un Titien ou un Raphael ou peu importe, un Vermeer … on peut faire tellement de choses avec si peu. L’image vous indique ce que vous pouvez en faire selon le format et c’est ça le point de départ. On a recouvert un bâtiment tout entier d’un Titien ; avec ça on ne peut pas se tromper ! On a mis La Bacchanale [des Andriens] juste en face du bâtiment, au centre de Madrid. Immense. C’était un immeuble de huit étages ou quelque chose comme ça, c’était magnifique. Ça pour moi, c’est du graphisme. Tout m’a mené au Prado. C’est une question de relationnel, de ne pas s’éloigner de ce que vous aimez et de ce qui vous fait plaisir.

Fier de partager

Le studio de graphisme australien Voice comprend le langage et l’usage des bons vins.

Par Kay Maxfield

Le vin est un produit culturel. Il remplit une fonction sur la table du dîner en tant qu’accessoire sophistiqué et festif. Les fondateurs du studio de graphisme Voice basé à Adelaide comprennent la puissance de la perception et savent à quel point il est difficile pour une étiquette de vin d’attirer l’attention du consommateur. C’est pourquoi ils travaillent pour les plus grands producteurs de vin de l’Australie du Sud, la plus grande région viticole du pays.

Les vins Hugh Hamilton, Saint & Scholar et Tapi figurent parmi les fidèles clients du studio dirigé par ses fondateurs. Hugh et Mary Hamilton vendent environ quatre-vingt pour-cent de leurs produits directement aux consommateurs. Cette particularité a permis à Voice de travailler précisément sur la forte image de la marque tout en ayant la liberté de créer ce que Scott Carslake (co-fondateur de Voice) appelle “des expériences intimes”. Les graphistes ont ainsi imaginé des étiquettes sans information ni typographie d’aucune sorte dont un fascinant visuel aux motifs géométriques argentés et noirs.

Carslake dit:

“Le papier de chez Fedrigoni est parfait pour nos projets. L’aspect tactile et le poids du papier sont des critères fondamentaux quand on travaille sur des étiquettes de luxe. Il faut que le consommateur puisse voir les détails et sentir la texture. Ça fait partie de son expérience.”

Les vins biologiques Tapi produits par Mark Kenneally tiennent leur nom du Tapuae-o-Uenuku, le sommet le plus haut du Nord-Est de l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande. La maison vend ses produits exclusivement sur Internet, ce qui représentait un défi de taille pour Voice. “Tapi devait se démarquer visuellement des autres vins qu’on trouve sur les mêmes sites marchands”, explique Carslake.

L’étiquette du Tapi montre une montagne multicolore dont chaque facette présente un motif différent. À chaque type de vin correspond une couleur de ciel spécifique. Même si les consommateurs ne peuvent pas tenir la bouteille en main avant de l’acheter, “l’aspect tactile reste très important car au visuel qui les a attirés sur Internet doit correspondre une expérience aussi forte une fois la bouteille en main”, explique Carslake.

“La bouteille de vin qu’on choisit pour fêter une occasion particulière est le reflet de notre identité et participe à l’image que nous voulons véhiculer.”

Scott Carslake

Pour Saint & Scholar, Voice a adopté une approche différente, presque éditoriale, avec ses portraits graphiques et colorés et ses pois déclinés sur plusieurs supports. Ces éléments s’inspirent de l’art de la fin des années 60 et du début des années 70 – époque où les célèbres viticulteurs ont percé dans le milieu – mais aujourd’hui Saint & Scholar s’adresse à une clientèle jeune et sophistiquée. Carslake dit encore : “La bouteille de vin qu’on choisit pour fêter une occasion particulière est le reflet de notre identité et participe à l’image que nous voulons véhiculer. Entrer dans un restaurant avec une excellente bouteille au packaging original et beau est aussi un mode d’expression. On remarque la bouteille, on peut en parler et être fier de la partager !”

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